Peut-on donner sens à ce qui semble ne pas en avoir ?

Nous avons vécu une semaine « folle ». Face à un chaos qui semblait ne pas se terminer, les réponses données nous ont tous surpris. Après la sidération, la tristesse puis la colère, la parole a commencé à se délier et un mouvement nouveau s’est mis en marche. Je vous propose une brève réflexion tirée de mes travaux sur les « énergies » et l’Analyse Transactionnelle.

Eric Berne, père de l’Analyse Transactionnelle, évoque 3 types d’énergie : liée, déliée et libre. Les récents événements de la semaine passée illustrent bien cela.

Quand l’énergie de la violence est contenue à l’intérieur d’une personne, c’est de l’énergie « liée ». Quand la personne passe à l’acte en tuant, l’énergie de violence se « délie ».

L’énergie déliée par les acteurs de la violence l’a été au niveau comportemental (je te tue) et émotionnel (je te hais). Tout cela agit par une pensée dogmatique (ma « vérité » est vérité universelle = pensée unique).

Ce qui est visé, c’est une réaction de type comportemental (soumettez-vous ou bien attaquez-nous pour que nous puissions justifier de vous détruire totalement = escalade de la violence) et une autre réaction de type émotionnel (vous êtes terrorisés, vous êtes dans l’effroi et la peur).

La réponse donnée par une grande partie de notre pays (un peuple qui se rassemble), rejoint par d’autres nations, toutes générations confondues, est venue de 4 endroits :

  • L’émotionnel avec une grande tristesse puis une saine colère mise en mouvement pour dire « stop, pas ça ! ».
  • L’action avec des rassemblements et des marches silencieuses.
  • Une stimulation à penser nos institutions, nos comportements, nos pratiques, nos valeurs, nos responsabilités.

Mais ce qui a été le plus remarquable, c’est la quatrième façon de réagir :

  • Une énergie venant du cœur (partie non émotionnelle), une énergie libre, venant d’un choix conscient qui aboutit à une décision : nous appartenons à une culture que nous aimons, à laquelle nous sommes attachés. Nous faisons le choix d’une marche venant du cœur avec une nouvelle façon d’éprouver les 3 piliers de notre culture : fraternité, liberté, égalité. Notre réponse vient d’un autre endroit, et ce n’est pas la même énergie qui s’exprime là. Cette énergie, celle qui vient librement du cœur accueille, ouvre, libère, répare, guérit.

Cette façon de répondre collectivement est nouvelle.

Ce mouvement du cœur a touché « l’Autorité du groupe » (référence à la théorie des organisations -TOB) en la stimulant à reprendre une place qu’elle était en train de perdre :

  • Elle a stimulé les dirigeants à « bouger », à répondre autrement, à assumer leur rôle de leader et à prendre leur place de rassembleur pour faire corps.
  • Elle a ouvert les yeux des citoyens sur le rôle de protection que joue la police.
  • Elle a libéré la parole dans nombre de familles sur la complexité de la situation, les enjeux multiples, les responsabilités collectives et individuelles.

Tout cela (et bien d’autres choses encore) est remarquable et gage d’espoir.

Et tout cela appelle de nombreuses interrogations. En voici quelques-unes au sujet desquelles je vous proposerai dans les semaines à venir des pistes de réflexion :

  • Comment éviter les amalgames en tous genres ? Y a-t-il moyen de s’y retrouver dans une telle complexité ? Comment rendre compte de la complexité de la situation ?
  • Peut-on communiquer quand nos valeurs et croyances sont si éloignées car basées sur des visions du monde tellement différentes ?
  • Existe-t-il des solutions à un problème aussi complexe ? Cela passe-t-il par des actions collectives ou individuelles ? Si oui, lesquelles ?
  • Peut-on garder une posture d’ouverture de cœur quand « l’autre ne veut rien entendre » ?

La première piste que je propose d’ouvrir est individuelle : les conflits du monde ne sont qu’une manifestation des conflits qui perdurent en nous. C’est la marque de notre difficulté (voir incapacité) à nous aimer nous-même, un refus d’accepter certaines parties de nous que nous nions et cachons, un mouvement de destruction massive de zones d’ombre en nous que nous écrasons, assassinons et enterrons.

Je propose de développer cela prochainement.

Je vous renouvelle tous mes vœux et ceux de l’équipe Coheliance, porteurs d’intention de paix et de douceur, de joie et de belles couleurs nécessaires à la construction de notre « monde ».

Patrice FOSSET